Il n’y a pas qu’à Miribel-Jonage que le Rhône est en danger.
Depuis le début des années 2000, de nombreux programmes de restauration se sont mis en œuvre au fil du fleuve. Sauvons le Rhône vous invite à découvrir les plus remarquables.
Aujourd’hui nous descendons jusqu’à l’île de la platière à Limony et Salaise-sur-Sanne.

Les épis Girardon, des impacts majeurs

Depuis le 19ème siècle, le Rhône a subi de nombreux aménagements destinés au transport fluvial, à la production d’électricité et à la protection contre les crues. Les épis « Girardon », du nom de l’ingénieur en chef de la navigation du Rhône qui mit au point ce système, avaient pour but de permettre la navigation en concentrant l’écoulement au centre du chenal.
Ces aménagements ont eu des impacts écologiques majeurs : en réduisant la bande active du fleuve et l’érosion latérale, le lit s’est incisé, les berges à l’inverse se sont exhaussées car les alluvions se sont au fil du temps stockés dans ces « casiers ». Les lônes se sont asséchées, des espèces invasives, comme la renouée du Japon ont colonisé les milieux, mettant à mal la biodiversité.

Un projet de grande ampleur

Engagé en 2017, le projet, porté dans le cadre du Plan Rhône, a consisté à démonter les anciens ouvrages Girardon – qui n’ont plus d’utilité car la navigation se fait désormais sur le canal en parallèle du lit historique du fleuve – au droit de l’île des Graviers sur un linéaire de près de 2 kms.
D’une ampleur inédite, les travaux ont eu pour objectifs de permettre au Rhône de remobiliser les sédiments piégés sur ses marges pour redessiner, au fil des crues, une morphologie plus diversifiée. Mais également de remettre en eau près de 10 hectares de zones humides grâce à la création de chenaux d’écoulement. Innovante et expérimentale, cette restauration s’est accompagnée d’un programme de suivi portant sur les alluvions et la biodiversité afin d’évaluer plus précisément ses effets.

Trois ans après, quel bilan ?

Le programme de suivi post travaux se déroule sur 5 ans (2017-2022). Néanmoins trois ans après les travaux, les intérêts de cette « libération » du fleuve sont déjà perceptibles. D’abord le paysage a considérablement changé et a permis de développer des activités nature. Sur le plan de la biodiversité, les résultats sont aussi très encourageants. Les boisements ligneux qui avaient été mis à mal par les terrassements se sont réinstallés, avec une dominante de salicacées (peuplier noir). La végétation semi-aquatique a reconquis dès 2018 près des 2/3 de la zone de travaux, témoignant de la rapidité de récupération du milieu dès que le fonctionnement naturel est restauré. Enfin, sur le plan de la dynamique fluviale, les premiers résultats indiquent des mouvements importants de graviers, une érosion au niveau des anciens casiers et des zones de dépôts en amont. Le fleuve a retrouvé un lit plus généreux, passant de 70 à 140 mètres à certains endroits et un fonctionnement plus naturel, source de multiples bénéfices.

Maitre d’ouvrage : CNR

Coût du projet : 2 314 000 €
Financement : 50% Agence de l’eau Rhône Méditerranée Corse – 50% Plan Rhône
Durée des travaux : 6 mois